Жак-Ален Миллер , курс 1981-1982 гг
Скандирования в учении Лакана // Диалектика желания и фиксированность фантазма
7 сеанс, 20 января 1982

Жак-Ален Миллер , курс 1981-1982 гг
Скандирования в учении Лакана // Диалектика желания и фиксированность фантазма
7 сеанс, 20 января 1982
Je vais vous lire une citation de Montesquieu que j'ai trouvée en relisant le Bloc-notes de François Mauriac. C'est une citation de Montesquieu sur Cromwell et elle m'a paru curieusement convenir à Lacan: "Il alla de contradiction en contradiction, mais il alla toujours tel que ces pilotes que presque tous les vents conduisent au port." Ca me paraît très lacanien, en tant justement que l'enseignement de Lacan ne va pas de synthèse en synthèse, mais d'affirmation en affirmation.

Si on a cette impression, ça tient à l'effet de style, à la rhétorique de Lacan, ce qui encourage certainement, chez ses auditeurs, l'effet de sujet supposé savoir. L'enseignement de Lacan est d'emblée un appel au transfert. C'est une nouvelle alliance avec la découverte de Freud, une recomposition théorique de la découverte de Freud, à partir de ce point d'Archimède qu'est l'inconscient structuré comme un langage. C'est aussi l'introduction et le maintien d'un transfert.

L'enseignement de Lacan se caractérise par une avancée, et je trouve assez séduisant de le présenter comme le fait Montesquieu : une avancée qui va de contradiction en contradiction, mais qui, à chaque fois, conduit au port. Une avancée peut aussi se traduire par l'introduction d'un signifiant nouveau. Lacan, dans "Radiophonie", dit que le concept de plus-value est une invention signifiante et non pas une invention théorique. Qu'est-ce que voulait dire Lacan quand, vers la fin des années 70, il aspirait à un signifiant nouveau? Que l'introduction d'un signifiant nouveau peut faire changer, virer les sensibilité et l'éthique. La plus-value était un signifiant nouveau dont les conséquences étaient tout à fait incalculables pour Marx, et il y a d'autres signifiants nouveaux qui produisent ainsi des cataclysmes. Dans "Radiophonie", Lacan fait de la plus-value le prix que Marx a payé de la vie d'enfer qu'il s'est faite, et il y a dans ce texte un comme moi, Lacan.

Je pourrais continuer de broder ainsi de Cromwell à Montesquieu, de Marx à Lacan, mais je m'arrête là, puisque mon tourment à moi m'oblige à être encore cette fois-ci dans l'articulation des concepts de Lacan, dans l'articulation de base, et spécialement dans la séparation structurante que Lacan introduit entre l'Autre et la jouissance – opposition qu'il mettra du temps à surmonter et qui deviendra une articulation cruciale de son enseignement.

Cette opposition figure déjà dans les premiers temps de son enseignement et sous une forme très simple. Vous vous souvenez que je vous avais invités à prélever sur le Graphe ce vecteur qui conduit du sujet brut au sujet marqué du signifiant. J'avais même placé une petite boîte noire, pour marquer que c'est là que s'opère, à partir d'un point d'origine qui n'est jamais que supposé, ce que dans la psychanalyse on observe comme résultat. C'est là le minimum d'hypothèse qui peut être fait comme origine du sujet:

>--------------- [////] ------------- > $

Eh bien, il y a un autre vecteur dans le Graphe qui a exactement la même composition. Il s'agit d'un vecteur dont le terme d'origine est la jouissance et dont le terme d'arrivée est la castration. C'est un vecteur qui décalque le premier:

Jouissance --------------------------- > Castration (- φ)

Ca suppose, en une origine mythique du sujet, que le sujet serait égal à sa jouissance, satisfait de sa jouissance. Et ça ne serait que parce qu'il y a l'interposition signifiante, c'est-à-dire la castration, qu'il y aurait une négativation de la jouissance, que l'on traduit par moins phi. La castration, à cet égard, est une séparation de la jouissance et du corps. Si on prend comme point de départ la chair, le résultat induit par les effets du symbolique est alors une séparation du corps et de la jouissance:

La chair ---------- [///] ---------- > { corps = A Jouissance

Cette séparation est la seule qui permet d'identifier le corps à l'Autre, le corps comme surface d'inscription, comme voué au signifiant. C'est le corps en tant que chair vidée de sa jouissance.

Ce qui va ordonner tout l'enseignement de Lacan à partir des années 70, c'est la construction de l'objet qui récupère, pour le sujet en analyse, une part de cette jouissance perdue. Cet objet, c'est l'objet a. L'objet a représente une part de la jouissance perdue. C'est pourquoi, dans les années 70, à la surprise de ses auditeurs, Lacan a pu dire qu'il n'y avait pas qu'une seule castration qui serait la castration phallique, mais qu'il y en avait autant que d'objets a.

C'est une jouissance qui est évidemment toute présente dans la pulsion, pour autant que la pulsion n'est pas coordonnée au besoin. Ce qui est cependant frappant, c'est que ce n'est pas du tout l'objet a comme récupérant une part de la jouissance perdue qui est au coeur de l'écriture lacanienne de la pulsion. Dans l'écriture de la pulsion, l'objet est tout à fait absent: ($ <> D). La position de l'objet, nous la retrouvons, elle, dans l'écriture du fantasme: ($ <> a), où c'est comme objet du désir que petit a est présent – c'est-à-dire objet imaginaire et non pas récupération de jouissance, objet métonymique à l'occasion mais toujours imaginaire.

Comment cet objet imaginaire présent dans le fantasme va-t-il virer jusqu'à être lu comme objet de la pulsion? Il faut faire valoir l'opposition entre fantasme et pulsion. De par leur écriture même, ces deux termes ont l'air d'être présentés pour être confrontés l'un à l'autre. Ils ont une structure comparable au niveau de l'écriture, et ça nous invite en même temps à rapprocher ces deux termes qui sont aux antipodes de l'expérience :

Fantasme | Pulsion ($ <> a) | ($ <> D)

Vous savez que Lacan invite à lire la formule de la pulsion comme sujet en fading dans la coupure de la demande, et qu'il invite à lire la formule du fantasme comme sujet en fading devant l'objet du désir. Nous y viendrons, mais prenons simplement ce qu'il en apparaît déjà dans l'oeuvre de Freud.

On peut dire que du fantasme, le sujet parle. Il en parle au sens où il le raconte, même s'il y en a une partie qu'il ignore. Le fantasme est chez Freud avant tout saisi comme un récit du sujet. La pulsion, au contraire, s'introduit apparemment par un silence. Si le fantasme est bavard, la pulsion est silencieuse. On pourrait dire que le fantasme révèle ce que la pulsion dissimule. Cependant, la première valeur donnée à la pulsion par Lacan, c'est que pourtant le sujet y parle. C'est dans "Subversion du sujet": "D'où le concept de pulsion où on désigne le sujet qui satisfait à cette exigence d'être d'autant plus loin du parler que plus il parle." Ici, la pulsion est avant tout saisie à partir de la demande. Le sujet s'évanouit dans la demande en tant que lui-même défaille devant la demande, par quoi ensuite la demande elle-même s'évanouit. Ce qui reste alors, c'est la coupure de la demande, la coupure même, une fois évanouie la demande comme verbale. C'est ce que Lacan détaille dans la page 817 de ses Ecrits. Il retrouve, à tous les carrefours de l'expérience analytique, cette coupure structurale, cette discontinuité: la zone érogène structurant l'objet partiel dans l'expérience analytique.

Ce qui est donc frappant, là, c'est que la problématique de la pulsion, qui va devenir si essentielle pour l'objet a, n'est introduite que de biais. Ce qui apparaît être au coeur de la pulsion, c'est la question de la coupure subjective qui se reporte sur l'objet, sur la zone érogène. Ce qui est saississant dans cette écriture, c'est qu'elle passe tout à fait à l'as la fonction de l'objet. C'est dans l'écriture du fantasme que l'objet apparaît au premier plan. Quel est alors, dans l'enseignement de Lacan, le déplacement qui va se produire les années suivantes? Eh bien, ce déplacement, c'est exactement de situer la pulsion comme le secret du fantasme.

Il faut poser que la pulsion est le secret du fantasme. La pulsion silencieuse, articulée par Freud à partir de la grammaire, supporte et soutient le fantasme tout en y étant dissimulée. C'est évidemment là que Lacan peut dire que l'image spéculaire ne fait qu'habiller l'objet dont il s'agit dans la pulsion. C'est là une position radicale. La réduction du fantasme à la pulsion, c'est proprement, nous dit Lacan, le trait du névrosé. Chez le névrosé, D et a se confondent. C'est là un point essentiel, un point où l'on voit fantasme et pulsion s'articuler dans leur opposition et dans leur conjonction. On pourrait alors écrire:

($ <> a) <> ($ <> D)

Reportez-vous aux pages 815-816 des Ecrits et vous verrez que Lacan reste très discret sur l'objet dans le fantasme. Par contre, à la page suivante, il parle de la pulsion et il introduit à partir d'elle l'objet comme en dérivation. Vous vous retrouvez alors dans les pages finales de "Subversion du sujet", dont on peut dire que le souci essentiel est de proposer une articulation entre pulsion et fantasme. On peut repérer ici comment Lacan va de contradiction en contradiction. "Subversion du sujet" n'est pas du tout un texte synthétique, mais un texte qui essaye de ramasser toute une part de l'enseignement de Lacan.

En quoi consiste cette remarque de Lacan sur fantasme et pulsion chez le névrosé ? Cette remarque dit que la demande est objet chez le névrosé. C'est une remarque clinique tout à fait essentielle. Le névrosé donne prévalence à la demande de l'Autre dans son fantasme. Il y a une thèse qui balance celle-là et qui la complémente, à savoir que cette prévalence de la demande de l'Autre n'a pour fonction que de cacher l'angoisse qu'éprouve le névrosé devant le désir de l'Autre. Comment s'opposent la demande de l'Autre et le désir de l'Autre? Pourquoi est-ce que c'est la demande qui apaise et le désir qui angoisse? La demande de l'Autre apaise parce qu'on peut là s'imaginer savoir ce qu'il veut. Quand on évoque le désir de l'Autre, ça concerne ce que l'Autre veut mais en tant qu'on ne le sait pas. A cet égard, on peut saisir comme la demande dissimule, opacifie le désir.

Ce désir de l'Autre, il fauit aussi bien l'appliquer au fantasme de l'hystérique et de l'obsessionnel. Qu'est-ce qui distingue l'hystérique et l'obsessionnel? Je vais vous lire, là, un passage de Lacan qui est une jolie formulation de la clinique: "On trouve alors les deux termes de la formule du fantasme comme éclatée: l'un chez l'obsessionnel pour autant qu'il nie le désir de l'Autre en formant son fantasme à accentuer l'impossible de l'évanouissement du sujet, l'autre chez l'hystérique pour autant que le désir ne s'y maintient que de l'insatisfaction qu'on y apporte en s'y dérobant comme objet." Vous voyez par vous-même que l'obsession est là du côté de $ et l'hystérie du côté de petit a:

$ <> a obsession hystérie

Ayant fait ce petit excursus sur l'expérience analytique pour vous incarner un peu les choses, je reviens maintenant à l'articulation des deux termes contraires du fantasme et de la pulsion.
Il faut prendre les choses dans l'ordre et d'abord s'apercevoir que la fin de "Subversion du sujet" est encore structurée à partir de l'opposition de l'Autre et de la jouissance. C'est là un soubassement essentiel de toute une part de l'enseignement de Lacan: il y a le côté de l'Autre où se situe le désir, et puis le côté de la Chose où il y a la jouissance. D'un côté, il y a dialectique du désir. De l'autre côté, il n'y a pas dialectique. La jouissance apparaît exclue, exclue de l'Autre.

Ce qui a bloqué les lecteurs de "Subversion du sujet", c'est que Lacan y opère une réduction de la jouissance au signifiant phallique. Il y a, premièrement, une séparation de l'Autre et de la jouissance, et, deuxièmement, une réduction de la jouissance au signifiant phallique. La jouissance est écrite grand Phi. C'est le signifiant de la jouissance, qui est alors opposé au moins phi qui, lui, est le signifiant de la castration. La conclusion, c'est que le signifiant de la jouissance manque à l'Autre. Si nous restons dans le fil de cette déduction, si nous écrivons la jouissance grand Phi, alors la jouissance manque à l'Autre. Cette jouissance est alors corrélative du fait qu'il y a un manque dans l'Autre. Il y a un manque dans l'Autre, et ce manque est spécialement celui de la jouissance, celui du signifiant de la jouissance. Il y a un manque dans l'Autre que nous écrivons A barré, ce manque étant le signifiant grand Phi de la jouissance.

Ce sont là les bases vraiment élémentaires de cette clinique de Lacan. Ca met précisément en place perversion et névrose, la psychose étant laissée un peu de côté dans ces pages. Regardons la clinique que cela nous donne. Vous allez voir ce qu'elle a de relativement instable.

D'abord la perversion. La perversion institue, à la place privilégiée de la jouissance, la dominance de l'objet a du fantasme qui est substitué à A barré. C'est à la place de la jouissance et c'est substitué au manque dans l'Autre, puisque ce manque est précisément la jouissance. A la place du manque dans l'Autre, le pervers installe l'objet a du fantasme:

a

A = Φ ------------------ > perversion = ---------- A-Φ

Il y a donc une commune mesure entre l'objet imaginaire du fantasme et la place de la jouissance. Je dis imaginaire parce qu'à aucun moment, dans ce texte, cet objet n'est situé comme étant lui-même fonction de jouissance, même s'il l'est implicitement par cette fonction de substitution qu'il est capable d'occuper par rapport au manque dans l'Autre. Il y a là quelque chose de tout à fait incomplet dans la construction de Lacan. Il n'en rendra compte que par la suite, en faisant de cet objet ce qui peut venir se substituer à la place de la jouissance. L'objet a sera alors défini par le fait qu'il vient à la place du manque de la jouissance.

Voyons maintenant ce que ça nous donne pour le névrosé. Le névrosé est celui qui identifie le manque de l'Autre à sa demande. Là, on attendrait, pour le manque de l'Autre, l'écriture de A barré. Mais c'est grand Phi que Lacan nous propose : "Il identifie le manque de l'Autre à sa demande, Phi à D." Ces deux écritures sont donc bien substituables l'une à l'autre. Ce qui ferait le mathème du névrosé, ce serait alors ceci:

Φ=D

Qu'est-ce qu'il en résulte ? "Il en résulte que la demande de l'Autre prend

fonction d'objet dans son fantasme, c'est donc dire que d'une façon générale l'objet dans le fantasme a par excellence fonction de se substituer au manque de jouissance dans l'Autre." Si vous rapprochez la construction sur le pervers et celle sur le névrosé, vous voyez que Lacan opère une régle générale : l'objet imaginaire du fantasme a pour fonction de se substituer au manque de jouissance dans l'Autre, dans le signifiant. La fantasme n'a pas seulement une fonction imaginaire de récupération de l'identité perdue du sujet par une mise en scène imaginaire, il constitue ainsi une récupération de jouissance. Il peut lester le sujet à l'identité perdue mais il ne peut le lester qu'à la condition d'être objet de jouissance.

Ce qui fait l'opacité de ce texte, c'est que Lacan en est encore à retenir la définuition ancienne du fantasme comme imaginaire, alors qu'il est en train en même temps d'accentuer sa fonction de jouissance. Il y a là une contradiction. Etant donnée l'opposition de l'Autre et de la jouissance, ça ne s'emboîte pas. Dans la dispersion de ce texte, nous avons en même temps ce qui va être la nouvelle théorie stable de Lacan.

Cette contradiction est à cueillir presque à fleur de texte. Vous n'avez qu'à regarder le haut de la page 825 des Ecrits où Lacan conteste que l'inconscient serait à ciel ouvert chez le pervers. Ce que le névrosé refoulerait se trouverait visible dans le comportement même du pervers. Le pervers se manifeste en effet comme désirant avec une évidence et une intensité qui font défait au névrosé, puisque chez ce dernier ça se manifeste par la demande. Mais cela n'empêche pas, nous dit Lacan, que le pervers se défende aussi. Il se défend exactement par son désir même. Il se défend contre la jouissance. Le désir est une défense contre la jouissance. Il est ici impossible de se repérer si on oublie la séparation du désir qui est du côté de l'Autre et de la jouissance qui est de l'autre côté. Les manifestations du désir, même les plus intenses, sont de l'Autre et restent séparées de la jouissance.

Dès lors que le fantasme est introduit dans l'économie de la jouissance, il y a comme une clef de l'enseignement de Lacan. Entre fantasme et pulsion, c'est là que se joue l'émergence du concept lacanien de jouissance. C'est là que l'on voit les forçages que ce concept produit sur ses entours, dès lors qu'il ne suffit pas de réduire la jouissance au signifiant qui la représente. On ne peut pas se satisfaire de réduire la fonction de la jouissance à sa représentation phallique. La construction de l'objet a consiste à mettre fin à l'exclusivité de la représentation phallique de la jouissance, ce qui est, par rapport à l'inconscient structuré par un langage, très difficile à faire. Ce sont des contradictions qui sont aux fondements même de l'enseignement de Lacan. Ce ont des problèmes qui naissent justement de son abord, de ses écritures. Il n'y aurait, en effet, pas spécialement de problème à parler des jouissances prégénitales, puis de leur interprétation finale dans la jouissance phallique ou génitale, c'est-à-dire dans le rapport sexuel. Il est évident que toutes ces contradictions bordent un manque central que Lacan baptisera le non-rapporet sexuel.

J'ai à peu près fini le mouvement de mon exposé et je vous laisse partir.
Made on
Tilda