Жак-Ален Миллер , курс 1981-1982 гг
Скандирования в учении Лакана // Диалектика желания и фиксированность фантазма
15 сеанс, 14 апреля 1982

Жак-Ален Миллер , курс 1981-1982 гг
Скандирования в учении Лакана // Диалектика желания и фиксированность фантазма
15 сеанс, 14 апреля 1982
Je suis, comme vous le voyez, très en retard. Nous allons néanmoins, en cette partie de l'année, nous attacher au concept de jouissance chez Lacan – concept qui n'a pris sa valeur qu'une fois que furent achevés les Séminaires du retour à Freud.

Pour reprendre ma considération, je pourrais marquer le rapport de ce concept avec le terme dont il est question cette année à la Section clinique, à savoir le surmoi. En effet, s'il y a un texte de Freud que Lacan a repris dans la seconde partie de son enseignement, c'est bien Totem et Tabou – texte qui est minoré tout au long des Ecrits parce qu'il manifeste une figure à laquelle il n'est pas facile de donner sa place dans le premier enseignement de Lacan, à savoir la figure du père qui jouit. Ca installe au premier plan cette singulière fonction du monopole de jouissance. Ca met même en évidence cette fonction virile essentielle qui est le plus d'une femme.

On connaît les efforts du christianisme pour essayer de discipliner l'homme, pour le cantonner au pas plus d'une. On voit aisément là un clivage entre ce pas plus d'une, qui a pour fonction de transmettre la fonction symbolique du nom, et le plus d'une qui peut exister dans le registre de la jouissance. Il y a eu des efforts syncrétiques pour essayer de dépasser cette organisation judéo- chrétienne. Lacan a marqué que si le catholicisme a pu avoir cette perdurance à travers le temps, ça devait bien tenir au fait que cette doctrine épousait des veines de la structure, qu'elle était tout de même, à certains égards, une possibilité préformée dans la structure. Pas cependant d'une manière unique, puisque l'Islam épouse d'autres veines de la structure et exploite dans sa perdurance une autre de ses possibilités. Il faudrait d'ailleurs se poser la question de ce qu'il en est de la psychanalyse dans les pays musulmans. Lacan avait déjà exclu les Japonais de l'aire de la psychanalyse. On pourrait peut-être aussi en exclure lres musulmans, c'est à voir.

Pour en revenir au père de Totem et Tabou, on peut dire que ce que ça se met en valeur chez Freud – si on aborde la question de la jouissance par là –, c'est que la jouissance originaire n'est pas celle de la mère et de l'enfant. C'est une longue tradition analytique que de faire de la mère et de l'enfant le repère central. La jouissance originaire n'est pas celle de la mère et de l'enfant, mais celle du père. C'est la fonction que Lacan finira par écrire non-phi de x. C'est là l'écriture lacanienne de Totem et Tabou:

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Еx . Φx

Ca nous aide à bien saisir ce qu'est la fonction phallique dont il s'agit. La fonction phallique, telle que Lacan l'écrit et l'emploie, est équivalente à la castration. Nier la fonction phallique quand il s'agit du père de Totem et Tabou, c'est installer ce père dans la non-castration. Le père qui jouit de toutes les femmes, c'est le père non castré, et ça s'écrit non-phi de x, ce qui veut dire que le grand phi tout seul ne désigne pas chez Lacan la puissance phallique. Le secret de ce phi, c'est la castration. Lacan a proposé plusieurs formules qui articulent ce phallus à ce qui s'en dissimule dans la fonction phallique. Disons donc que c'est ce point de non-castration qui est le repère essentiel de toute la fonction phallique. C'est le point essentiel à partir duquel les hommes se reconnaissent comme étant tous inscrits dans la fonction phallique, c'est-à-dire dans la castration.

C'est là que Lacan propose une jonction entre Totem et Tabou et ce que Freud a élaboré dans "Le moi et le ça". C'est même ce qu'il nous a donné comme repère le plus précis sur l'abord à faire du surmoi. Le surmoi au sens de Lacan est connecté au il existe un x pour non-phi de x. Je le cite: "Le surmoi est lié à la jouissance pure, c'est-à-dire à la non-castration." C'est évidemment une fonction-limite, une fonction qui n'est réalisée par nul être vivant. C'est ce qui donne toute sa valeur au père mort. Dans la psychanalyse, il n'y a pas de père qui soit vivant. C'est ce que relevait Lacan en disant qu'on n'analyse jamais un père mais toujours des enfants. Ca conduit à saisir toute la valeur de l'impératif surmoïque : Jouis ! C'est de ce point-ci que peut se formuler cet impératif, dans la mesure même où il est impossible à satisfaire. C'est ce qui conduit Lacan à bien poser que cet impératif du surmoi surgit au déclin de l'OEdipe. Il est strictement connecté avec la castration oedipienne. Dans la mesure où le sujet passe par la castration oedipienne, le père se fait entendre comme surmoi dans ce Jouis impossible à satisfaire.

Ce surmoi d'après l'OEdipe demande évidemment d'être articulé avec la castration structurale, celle qui n'est ni d'avant ni d'après l'OEdipe, celle qui tient à proprement parler à la subversion du sujet, celle qui s'écrit $. Là, il s'agit précisément de la non-castration qui s'écrit non phi et de la castation qui s'écrit phi. C'est comme cela que s'écrit cette castration post-oedipienne, qui est à articuler avec le terme que je proposais auparavant pour écrire le surmoi et qui est phi zéro, à savoir la non-castration que comporte la jouissance pure du surmoi:

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Φ Φ Φ0

Ce sont là deux fonctions qu'il faut distinguer dans la négation. Avec cette négation fondatrice du père, c'est à dire le non phi, et avec le phi zéro corrélatif de la forclusion du père dans la psychose, nous avons deux négations distinctes, l'une fondatrice du père, et l'autre fondatrice de sa forclusion. Elles ont des effets strictement contraires. Cette non-castration du père, qaui permet de formuler le Jouis comme ordre impossible, est évidemment productrice du réel, à partir précisément de l'impossible de cette jouissance. C'est même là que le noyau de vérité qu'il y a dans le principe de réalité de Freud pourrait trouver à se fonder. C'est à partir de l'impossible de cette jouissance que le réel comme impossible trouve à se fonder. A partir de phi zéro, le réel ne trouve pas à se fonder. Il ne trouve pas à se fonder dès lors que le Jouis est accompli. Pour Schreber, le Jouis du surmoi n'est pas du tout impossible. L'histoire de Schreber est l'histoire de l'accomplissement méthodique de cet impératif. Schreber finit par nager dans la jouissance pure. C'est évidemment pour lui un ordre très difficile à satisfaire mais non impossible. Tel qu'il se présente à nous, animé d'un va-et-vient que lui impulse la jouissance divine, il marque qu'il surmonte, lui, l'impossible de ce commandement.

Il y a là un paradoxe. Ce surmoi, c'est une figure de l'Autre, mais qui se distingue par ceci, qu'elle contiendrait la jouissance qui serait complète, non barrée. Le surmoi présente une sorte de réconcilation paradoxale de l'Autre et de la jouissance. C'est ce qui fait d'ailleurs sa fonction politique. J'ai marqué le paradoxe de cette fonction du surmoi par rapport à l'Autre et à la dialectique du désir. La dialectique du désir, c'est mettre au premier plan la mouvance du désir. La subversion du sujet lui est strictement corrélative. Le sujet est subverti dans la dialectique du désir. Ces deux termes ne font pas place à la jouissance en tant que telle.

L'accent de Lacan s'est déplacé jusqu'à considérer que l'objet a est fondateur du sujet. D'un côté, nous avons la subversion du sujet. Elle concerne essentiellement le rapport du sujet au signifiant. C'est bien pourquoi Lacan a dû introduire un autre terme quand il s'est agi de qualifier les rapports du sujet et de l'objet a, à savoir le terme de destitution subjective.

Quel est donc le rapport entre subversion du sujet et destitution subjective? La destitution subjective tient à la séparation du sujet et de l'objet a. Ca nous oblige à introduire un terme supplémentaire, celui d'institution subjective, et de considérer que cette institution tient au contraire à la connexion du sujet barré et de l'objet a, relation qui en première analyse constitue le fantasme même, la formule même du fantasme: ($ <> a). C'est ce qui fonde que Lacan localise l'expérience finale de l'analyse au niveau du fantasme et non au niveau du symptôme.

C'est là que se résout cette difficulté que j'ai déjà signalée et qui est celle de l'articulation de la pulsion et du désir. Le désir, comme rapport métonymique d'un signifiant à un autre, est un sous-produit, un sous-produit de la demande. C'est par rapport à la demande, qui est toujours une articulation signifiante, que le sujet barré du désir est continuellement supposé. Si je pose ainsi le désir, je fais valoir la formule de la pulsion telle que la donne Lacan : ($ <> D). Cette pulsion suppose l'extinction de la demande mais reste interne et structurée par le signifiant, par ce trait du signifiant que Lacan appelle dans la pulsion la coupure.

Mais ce à quoi Lacan viendra par la suite est tout différent, puisque l'objet a deviendra la cause du désir. La conception sera exactement inversée par rapport à la première. Pendant tout un temps, on va du désir à la pulsion. Puis, dans un second temps, on va de la jouissance au désir.

Ce que les quatre discours essayent d'articuler, c'est comment, sous un premier aspect, ce fameux objet a est un objet produit par le signifiant, découpé par le signifiant, est un objet chute, et comment, sous un autre aspect, il est en même temps cause du désir. Les quatre discours essayent de réduire cette aporie. Ils permettent justement d'installer que ce qui apparaît d'abord comme produit dans le discours du maître, apparaît dans le discours de l'hystérie comme l'objet-vérité à la place de la cause. Vous avez là une façon de rendre compatible le fait que le signifiant soit la cause du sujet et le fait que l'objet a soit la cause de la division du sujet.

Il n'y a pas trop de problèmes pour rapprocher pulsion et demande. Dans la psychanalyse, on ne s'est jamais servi de la pulsion que comme d'une demande silencieuse. Mais à partir du moment où Lacan a installé l'objet a au coeur de la pulsion, il est évident que la formule ($ <> a) supplante la première formule de la pulsion ($ <> D). Lorsque Lacan a créé ces deux écritures, la demande était un terme fondamental de son enseignement. Mais vous pouvez constater qu'à partir d'un certain moment, ça a été un terme qui a été progressivement minoré. Ce qui au contraire est apparu essentiel comme permettant l'articulation de la pulsion et du fantasme, c'est l'objet a, l'objet acomme réel. On peut dire que c'est comme si la seconde formule supplantait la première. Lacan a progressivement confondu fantasme et pulsion. Il a découvert une dimension où fantasme et pulsion s'équivalent.

Dans cette optique, vous avez deux rapports essentiels, et deux seulement: la subversion du sujet par le signifiant, et l'institution subjective due à l'objet a – institution qui est équivalente à une division. Ces deux formules sont les deux formules essentielles, et ce que Lacan construit avec ses quatre discours, c'est la jonction dee ces deux formules. C'est essentiellement avec ces deux formules que Lacan fonctionne ensuite dans son enseignement.

Tout cela implique quoi? Ca implique déjà le non-rapport sexuel. Du point de vue de la jouissance, le sujet a rapport avec l'objet a et non avec l'autre sexe. Ni la jouissance phallique ni la jouissance de l'objet a ne sont sexuelles chez Lacan. Ce qu'il appelle rapport sexuel comporte nécessairement référence à l'autre sexe. Je dirais donc que pour le sujet analytique tel que Lacan le situe, d'un côté par rapport au signifiant et de l'autre côté par rapport à l'objet a, il n'y a pas de place pour le rapport avec l'autre sexe. Le rapport à l'autre sexe n'est pas l'une des coordonnées fondamentales du sujet tel qu'il émerge dans chacun des quatre discours.

Il s'agit là de la doctrine qui rend compte de la sublimation. Ce qui était inintégrable par les postfreudiens, c'est que Freud ait pu dire que la pulsion pouvait se satisfaire hors du but sexuel, c'est-à-dire dans la sublimation. Or la pulsion, parce qu'elle est d'abord rapport à l'objet a, est foncièrement dans cette position. Je dirais même que toute pulsion se satisfait hors du but sexuel. Ce n'est que par un rapport second qu'elle peut être mise en rapport avec l'autre sexe. Dans tout l'enseignement de Lacan, le rapport à l'autre sexe apparaît comme un forçage et demande qu'on en rende compte comme de quelque chose qui n'est pas naturel. Quand Lacan a formulé son "Il n'y a pas de rapport sexuel", ça remettait évidemment en série ce qui apparaît continuellement dans son enseignement, et aussi bien dans l'expérience analytique qui est justement le témoignage de ce non-rapport sexuel.

La sublimation, c'est normal, c'est même l'état natif, et ce qu'il faut arriver à comprendre, c'est comme la pulsion peut être tout de même raccordée à un but sexuel. Comment est-ce que la jouissance de la pulsion peut-elle condescendre au désir de l'Autre ? Ca m'a beaucoup frappé qu'on ne comprenne pas du tout la phrase de Lacan selon laquelle la sublimation permet à la jouissance de condescendre au désir. C'est pourtant un point décisif. La jouissance comporte en elle-même quelque chose de fermé sur elle-même, et c'est seulement dans un second temps que l'Autre peut s'y inscrite.

Il y a donc l'amour de sublimation qui permet à la jouissance de condescendre au désir, et il y a spécialement l'amour sublimation dans la psychanalyse. Pourquoi la jouissance du symptôme accepte-t-elle de condescendre au désir de l'Autre lors de l'entrée en analyse ? L'hypothèse des freudiens a été évidemment qu'il y a une pulsion sexuelle, tandis que toute la construction de Lacan pose qu'il n'y en a pas. On peut admettre qu'il y a un rapport pulsionnel. Pourquoi pas ? On peut admettre que chacun se voue à réaliser son rapport pulsionnel, c'est-à-dire son entente avec l'objet a. Mais s'il y a un rapport pulsionnel, il n'y a pas pourtant pas de rapport sexuel.

On s'est beaucoup cassé la tête sur le terme de rapport dans la phrase de Lacan. Mais avant de se casser la tête sur ce terme, il faut bien voir ce que Lacan entend par là, à savoir que la jouissance sexuelle suppose l'Autre. Sous quelle forme le suppose-t-elle ? Il y a eu beaucoup d'inventions pour essayer de construire le rapport sexuel sur sa propre inexistence. C'est se servir d'un rapport qui existe pour tout être parlant et qui est le rapport à l'Autre, pour mouler là-dessus le rapport sexuel. C'est se servir du rapport au lieu de la vérité – rapport qui existe pour toute personne qui parle – pour faire exister le rapport sexuel. Ca demande d'abord que l'on confonde la femme avec la vérité, ce à quoi les hommes, il faut bien le dire, sont spécialement prompts. A ce moment-là, on peut jouer à faire exister le rapport sexuel, y compris sur les modes de la négation.

C'est pourquoi Lacan a pris comme repère l'amour courtois et sa mise en scène de la sublimation. L'amour courtois fait exister le rapport sexuel sur le mode même de s'y refuser. Ca consiste à identifier une femme à l'Autre, et donc à en faire La femme, ce qui suppose, comme le dit le poète, qu'on en reste séparé à jamais. C'est par là justement que la femme arrive à être la Chose comme lieu de la jouissance. Dans l'amour courtois, on arrive à rendre compatibles l'Autre et la jouissance. C'est évidemment une invention extraordinaire.

J'ai lu, pendant ces vacances, un article du nommé Leo Spitzer sur le troubadour Jaufré Rudel, où il polémique avec un adversaire pour savoir si l'amour lointain dont parle ce troubadour est une femme ou la terre promise. Spitzer doit avoir raison, en disant qu'il s'agit d'une femme. C'est beaucoup plus amusant que s'il s'agissait de Jérusalem. Ce qui est surtout amusant, c'est de voit à quel point cette conception de l'amour s'est infiltrée dans nos manières les plus constantes. Spitzer donne la description du comportement du gentilhomme, de l'homme de bonne compagnie à l'égard des femmes, à savoir que pour bien se conduire en société, il faut justement laisser entendre aux femmes qu'on les désire mais qu'on en est justement séparé. Dans toute conversation de salon, il y a déjà le modèle du troubadour qui est présent en miniature.

Je vous lis le passage : "Car, en somme, n'est-ce pas l'attitude du troubadour vis-à-vis de la femme qui inspire nos relations de salon avec celle- ci, avec la femme, mariée ou jeune fille, qui ne nous appartient pas – relations toutes empruntées de cette chevalerie chrétienne médiévale. Le cavalier d'une dame à une table de dîner ou sur une causeuse de salon, le danseur qui fait danser une femme, donnent encore aujourd'hui à entendre aux femmes, par des signes discrets, comme les troubadours du XIIe siècle, qu'ils les convoitent sans demander la consommation, par respect pour la valeur morale de la femme. Ces hommes de société répètent en somme la promesse de Jaufré: Non querei conquits. Qu'on songe à ce que cette fiction d'érotisme de la possibilité d'un roman entre un cavalier et sa dame produit de piquant, de raffinement et de playfulness dans la vie de société. L'école des troubadours a donné un tour original à un thème essentiel de la vie occidentale: l'attitude qui convoite la femme et la respecte, et elle a par là contribué d'une façon durable à enrichir la vie des sexes dans la société."

C'est une chute possible pour cette petite séance d'aujourd'hui. A la semaine prochaine.


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Tilda